Washington réunit à huis clos les délégations les 23 et 24 février, avec l’objectif de finaliser un accord-cadre avant le printemps. Cette session s’inscrit dans une séquence resserrée que la capitale justifie par la nécessité de « fixer des paramètres opérationnels avant la prochaine échéance onusienne », trois semaines après les discussions de Madrid des 8 et 9 février, confirmées par El Confidencial. Le dispositif est conduit par l’émissaire présidentiel pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Massad Boulos, et par le représentant américain auprès des Nations Unies, Michael Waltz. Les autorités ne publient ni communiqué ni image officielle, confirmant un format de travail « confidentiel ».
Des interlocuteurs de la négociation présentent le choix de tenir la réunion en plein mois de Ramadan, relevé par Le Desk, comme « un indicateur de la pression de calendrier exercée par Washington ». Un participant côté maghrébin estime que « la fenêtre est étroite; il s’agit d’arrêter un texte d’ici mai ».
Au centre du dossier se trouve une version remaniée du plan d’autonomie que le Maroc avait soumis à l’ONU en 2007. Cette version a été retravaillée par les conseillers du roi Mohammed VI. Cette proposition accorde des compétences locales en éducation, santé et culture, en s’inspirant de certains référents européens. Les points de friction explicités à Madrid demeurent: la nomination du président de l’exécutif régional resterait une prérogative royale; les symboles institutionnels reconnus seraient ceux du Royaume; la constitution du corps électoral local « fait l’objet de négociations serrées », selon une source citée par Le Desk. Les prérogatives régaliennes — défense, sécurité nationale, politique étrangère, monnaie — restent du ressort exclusif de l’État marocain.
Ce cadre s’aligne sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre 2025 sous impulsion américaine. Cette résolution a consacré le plan d’autonomie marocain comme base de travail. Le texte estime qu’« une autonomie authentique sous souveraineté marocaine » constitue l’option « la plus réaliste et réalisable », formulation que Washington entend convertir en paramètres négociés.
Le Front Polisario conteste le cadre, au motif qu’il « consacre l’autonomie sous souveraineté marocaine sans poser la question du référendum d’autodétermination », un mécanisme que le mouvement juge « non négociable ». Cette position explique la faible marge de compromis. À Madrid, les délégations du Polisario et de l’Algérie ont refusé la photo de groupe avec la partie marocaine malgré l’insistance américaine. Ce geste est interprété par des diplomates comme « le signe d’un blocage politique intact ».
La méthode américaine marginalise de facto le rôle traditionnel des Européens. Washington assume la conduite du process, tandis que l’Union européenne, l’Espagne et la France sont cantonnées à un rôle d’appui. À Alger, la diplomatie maintient publiquement son statut d’« observateur », tout en participant directement au format, par l’entremise du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, en défendant ses intérêts, comme l’a analysé Le Desk. Ce positionnement place Alger dans une relation complexe avec le Polisario qu’elle soutient, signe d’un « réalisme contraint » sous pression américaine.
L’échéance opérationnelle est fixée à mai 2026, avant que le Conseil de sécurité ne réexamine le mandat et les missions de la Minurso. Le Maroc plaide le démantèlement de la mission, ce qui confère aux réunions des 23 et 24 février une portée significative. Soit un accord de base est arrêté et les délégations engagent les modalités concrètes de l’autonomie; soit le processus rencontre à nouveau un contentieux qui perdure depuis un demi-siècle.


