Un nouveau cycle de discussions sur l’avenir du Sahara s’est ouvert ce dimanche 8 février à Madrid, dans les locaux de l’ambassade des États-Unis, réunissant autour d’une même table des représentants du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario. Cette rencontre marque la reprise, après plus de six ans d’interruption, de négociations directes dans un format multilatéral, sous un strict black-out médiatique exigé par Washington.
Selon des sources proches du dossier, l’Espagne s’est limitée à un rôle de facilitateur logistique, tandis que la conduite politique du processus a été assurée par l’envoyé spécial américain pour l’Afrique, Massad Boulos, et le représentant des États-Unis auprès des Nations unies, en coordination avec l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan de Mistura. À l’issue de plusieurs heures de discussions, la délégation américaine serait restée seule à l’ambassade pour finaliser un projet de déclaration appelé à être rendu public ultérieurement par Washington.
La principale avancée de cette séquence résiderait dans la reconnaissance, par l’ensemble des parties, y compris l’Algérie, du plan d’autonomie marocain actualisé comme « seul document technique sur la table » pour les discussions à venir. Ce texte, étoffé récemment par Rabat, sert désormais de base exclusive aux travaux d’un comité d’experts juridiques chargé d’examiner les modalités pratiques d’une autonomie, notamment en matière fiscale, judiciaire et de sécurité locale. La mise en place de ce « comité technique permanent » est présentée comme un passage d’un débat essentiellement politique à un travail plus opérationnel sur la gouvernance du territoire.
Les divergences de fond demeurent toutefois entières autour de la notion d’autodétermination. Le Maroc défend l’idée que ce principe s’exprime à travers un régime d’autonomie sous sa souveraineté, qu’il considère comme l’option la plus réaliste et la plus stabilisatrice. Le Front Polisario continue de revendiquer, avec l’appui d’Alger, l’organisation d’un référendum incluant l’hypothèse d’une indépendance, et insiste sur une définition juridique complète de l’autodétermination conforme au droit international.
Ce tour de table intervient dans un contexte international plus favorable au plan marocain, après l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution présentant une « véritable autonomie » comme horizon politique le plus réalisable, ainsi que le maintien de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le territoire. L’Union européenne a, de son côté, validé l’idée d’utiliser ce plan comme base de travail pour une solution « juste, durable et mutuellement acceptable » entre les différentes parties.
Sur le terrain, ces discussions se déroulent sur fond de tensions persistantes. Des actions armées limitées revendiquées par la branche militaire du Polisario, ainsi que des incidents frontaliers impliquant des forces algériennes près de Figuig, rappellent la fragilité de la situation dans cette zone saharo-sahélienne. Ces épisodes, largement interprétés comme des signaux politiques, illustrent la volonté des protagonistes de peser sur le rapport de forces alors même qu’un canal diplomatique vient d’être réactivé.
La feuille de route issue de cette rencontre, présentée sous le label informel de « Madrid 2026 », fixe une prochaine session de négociations à Washington au mois de mai, avec pour objectif la conclusion d’un « accord-cadre » politique sur les contours d’un futur statut du territoire. D’ici là, le comité technique devra avancer sur les scénarios concrets d’autonomie, tandis que les capitales concernées tenteront d’ajuster leurs positions publiques sans apparaître en recul sur la question sensible de l’autodétermination.
La publication annoncée d’une déclaration américaine, que certaines sources prédisent particulièrement ferme en faveur du processus d’autonomie, sera observée de près par les acteurs régionaux comme par les observateurs internationaux. Elle permettra de mesurer jusqu’où Washington est prêt à engager son crédit diplomatique dans ce dossier, et dans quelle mesure cette nouvelle dynamique pourra dépasser le stade de l’ingénierie technique pour déboucher sur un compromis politique durable.


